Démission pour reconversion : comment sécuriser son projet avec l’Apec ?

Démission pour reconversion : comment sécuriser son projet avec l’Apec ?
Lilian Balsamo

Publié le 27/07/2026
par Lilian Balsamo

Vous envisagez une reconversion professionnelle, mais ne savez pas comment sécuriser votre départ ? Le dispositif « Démission pour reconversion » permet, sous conditions, de quitter un CDI tout en bénéficiant de l’allocation chômage. Pour les cadres en poste, l’Apec propose un accompagnement pour clarifier le projet, vérifier son éligibilité et construire une démarche solide. Les explications de Lilian Balsamo, consultant Apec.

Porter un projet en bénéficiant des allocations chômage

Mes collègues du Conseil en évolution professionnelle (CEP) et moi le remarquons depuis quelques années. Il y a une vraie montée en puissance des envies de reconversion professionnelle parmi les cadres que nous recevons. Certaines et certains viennent en rendez-vous en ayant déjà identifié le dispositif Démission pour reconversion, ou en ayant utilisé l'Intelligence artificielle pour faire avancer leur réflexion. Pour d’autres, cette solution émerge au fil de l’accompagnement comme une voie pertinente pour quitter leur emploi salarié tout en sécurisant la suite de leur parcours.

Concrètement, le dispositif Démission pour reconversion, en vigueur depuis 2019, permet aux salarié.es en CDI, sous certaines conditions, de démissionner et de bénéficier de l’allocation chômage. Il s’adresse aux personnes qui souhaitent mener un projet professionnel solide, qu’il s’agisse de suivre une formation, de changer de métier, ou de créer ou reprendre une entreprise.

Son objectif est clair : rendre possible une reconversion sans avancer complètement sans filet. Mais ce droit n’est pas automatique. Pour activer le dispositif, le salarié ou la salariée doit d’abord se faire accompagner par un opérateur du Conseil en évolution professionnelle (CEP), comme l’Apec pour les cadres. Cet accompagnement permet de vérifier la cohérence du projet, d’en évaluer la faisabilité, de constituer un dossier plus solide avant d’engager une démission, ou, le cas échéant, d’examiner d’autres possibilités ou dispositifs pour mener à bien son projet.

Des profils en quête de sens, soucieux d’un alignement avec leurs valeurs

Les cadres qui s’orientent vers la Démission pour reconversion ne correspondent pas à un profil unique. Parmi elles et eux figurent de jeunes cadres qui, après quelques années, ne se retrouvent plus dans leur poste, et se posent la question d’un changement radical. On trouve aussi des cadres plus expérimentés, parfois très investis dans des fonctions de management, qui ne se voient plus poursuivre sur la même trajectoire malgré une réussite professionnelle reconnue.

Le point commun entre ces parcours est souvent le même : une volonté de retrouver un alignement entre travail, valeurs et aspirations personnelles. Pour certaines et certains, cela passe par une reconversion vers un métier de la transition écologique. Pour d’autres, par une activité davantage tournée vers la transmission, l’utilité sociale, l’artisanat ou l’entrepreneuriat, notamment à travers un projet de reprise d’entreprise.

Ces projets ne relèvent pas d’un simple besoin de changement. Ils traduisent souvent une réflexion plus profonde sur la place du travail dans la vie, le besoin d’utilité et le désir d’exercer une activité plus concrète, parfois dans un métier manuel ou hors du statut cadre.

Êtes-vous éligible au dispositif ?

Vous vous reconnaissez peut-être dans l’un de ces profils. Mais le dispositif ne s'adresse pas à tous et toutes : il s’adresse aux cadres en poste, et repose sur des conditions d’éligibilité bien précises. Ainsi, il faut :

  • Être en CDI de droit privé au moment de la démission.
  • Justifier de 1 300 jours travaillés dans les 60 mois qui précèdent la démission.
  • Avoir un projet de reconversion professionnelle bien préparé et reconnu comme étant réel et sérieux.
  • Ne pas avoir commencé son projet avant la validation de son dossier par la commission Transitions Pro, autrefois appelée la commission interprofessionnelle régionale (CPIR), l’organisme chargé de donner le feu vert.

Avec le CEP, un accompagnement et un plan d’action sur mesure

Avant de présenter votre dossier à la commission chargée de l’examiner, vous devez avoir été accompagné.e dans le cadre du Conseil en évolution professionnelle (CEP) par un opérateur habilité, comme l’Apec pour les cadres. Cet accompagnement est une étape clé et obligatoire pour sécuriser votre démarche et donner de la solidité à votre projet de reconversion.

Avec l’appui des consultantes et consultants de l’Apec, vous pouvez :

  • Vérifier votre éligibilité au dispositif.
  • Structurer un projet de reconversion crédible et cohérent.
  • Constituer un dossier solide en vue de votre passage devant  Transitions Pro.
  • Ou bien réfléchir éventuellement à d’autres possibilités ou d’autres dispositifs pour mener à bien votre projet.

Mais cet accompagnement ne se limite pas à la préparation du dossier. La première étape consiste à faire le point sur vos motivations : pourquoi souhaitez-vous changer de voie ? Qu’est-ce qui vous satisfait encore dans votre poste actuel, et qu’est-ce qui ne vous convient plus ? Quelles sont vos valeurs, vos aspirations, vos priorités ? Quelles contraintes personnelles, familiales ou financières devez-vous prendre en compte ?

L’objectif est ensuite de consolider votre projet pour démontrer son caractère réel et sérieux, un critère central dans l’examen du dossier par la commission Transitions Pro de votre région (ex-commission interprofessionnelle régionale - CPIR). Au-delà de votre motivation, Transitions Pro étudie en effet la viabilité de votre projet, sa cohérence avec le marché de l’emploi, ainsi que son adéquation avec vos compétences, votre expérience et vos perspectives professionnelles.

Des plans d’action personnalisés et des dossiers enrichis

J’ai par exemple accompagné un cadre en poste qui, à la suite d’une succession, a hérité d’un terrain agricole et s’est posé la question d’une reconversion en tant que maraîcher bio. Nous avons identifié ensemble qu’il devait d’abord passer, sur plusieurs mois, un brevet professionnel de dirigeant d’exploitation. C’est après l’obtention de ce diplôme, dans le cadre d’un projet de transition professionnelle avec maintien du salaire à 90 % durant la formation, qu’il a ensuite pu déclencher le dispositif Démission pour reconversion. Nous avons mis en place un plan d’action personnalisé qui s’est étalé sur près d’un an et demi. L’objectif était d’enrichir son profil, de sécuriser son projet, et d’en rendre la solidité limpide aux yeux de la commission.

La sécurisation peut prendre d’autres formes. Une acheteuse dans l’industrie agroalimentaire nous a sollicités avec une envie de reconversion, mais sans idée précise. L’hypothèse d’une orientation vers le métier de data-scientist a émergé. Elle a d’abord opté pour une immersion d’une semaine auprès d’un professionnel en poste afin de réaliser une enquête métier, et a mené plusieurs entretiens. Cela a permis de montrer, dans son dossier, que cette candidate au dispositif avait conscience des réalités du métier. De plus, elle disposait déjà des connaissances en bases de données et détenait plusieurs soft skills utiles dans sa nouvelle activité, des éléments que nous avons mis en avant.

Nous avons aussi accompagné un cadre d’un grand groupe industriel qui commercialisait des outils digitaux d’analyse des consommations énergétiques des entreprises. Lorsqu’il nous a rencontrés, son projet était déjà bien ficelé : il souhaitait créer son activité indépendante pour proposer ce type d’outil à des PME et ETI. Nous l’avons aidé à rédiger et à formaliser son argumentaire pour le rendre plus clair et compréhensible, en y apportant notamment des données sur le marché visé.

Cet exemple me fait penser à une autre personne : une biostatisticienne qui souhaitait se reconvertir en tant que professeure de mathématiques. Le besoin d’enseignants est bien réel, et plusieurs éléments dans son parcours rendaient ce projet crédible : la proximité entre les mathématiques et les statistiques, ainsi que son envie de transmettre, qu’elle avait déjà pu exprimer en manageant des équipes. Nous avons insisté sur ces éléments. Elle a convaincu la commission, et a pu préparer le Capes tout en bénéficiant des allocations chômage.

Ces exemples le montrent : pour convaincre la commission, votre dossier doit être le plus concret et le plus étayé possible. L’enjeu est de démontrer que votre projet n’est pas une simple intention, mais une démarche réellement préparée.

Si vous visez un métier sur un marché où les entreprises sont en manque de professionnels, appuyez-vous sur des données précises pour le prouver. Si vous souhaitez créer une entreprise, préparez un prévisionnel financier et mettez en avant vos compétences entrepreneuriales. Si votre projet passe par une formation, indiquez par exemple le taux d’insertion professionnelle à l’issue du cursus. Et si vous envisagez un changement de cap très marqué, prenez le temps de réaliser une immersion métier, de mener une enquête métier approfondie, et d’identifier les compétences transférables sur lesquelles vous pourrez vous appuyer.

Ce qui rend un projet solide aux yeux de la commission Transitions Pro, c’est avant tout l’alignement entre vos motivations, vos compétences, et la réalité du marché de l’emploi. Plus cet alignement est clair, plus votre projet gagne en crédibilité.

Si vous souhaitez aller plus loin, l’Apec vous propose plusieurs ressources :

À propos de l’auteur :

Lilian Balsamo est diplômé en psychologie du travail et des organisations. Après avoir travaillé en cabinet RH, il a rejoint l’Apec en 2016 en tant que consultant en développement professionnel. Au centre Apec de Paris Vanves Montparnasse, il accompagne plus spécifiquement les cadres dans leurs projets de formation et de reconversion.

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