Devenir manager ? "Merci, mais non merci" pour de plus en plus de cadres
Y aura-t-il encore des managers demain ? Une étude de l'Apec, "Cadres et management", qui vient d'être publiée, pointe le manque croissant d’attractivité des postes de management face à la complexification du rôle de manager et des conditions de travail plus exigeantes.
De moins en moins de cadres aspirent à devenir manager
Le management continue de représenter un projet de carrière, mais pour seulement un tiers des cadres non-managers, répondant à leur souhait d’assumer davantage de responsabilités, de gagner en autonomie et de bénéficier d’une rémunération supérieure. Toutefois, cette attractivité recule progressivement. Pour preuve, entre 2022 et 2025, la part de cadres souhaitant accéder à des responsabilités hiérarchiques est passée de 42 % à 34 %, soit une baisse notable de 8 points. Ce recul s’observe dans toutes les tranches d’âge, mais il est particulièrement marqué chez les cadres de moins de 35 ans (de 63 % à 47 %; - 16 pts). La tendance baissière est également plus marquée chez les hommes (-10 pts) que chez les femmes (- 5 pts), aboutissant à un niveau d’appétence désormais similaire. Cela invite à s’interroger sur les causes d’un tel recul.

Des conditions de travail de plus en plus difficiles
Evidement quand on parle de conditions de travail pour les managers, il n’est pas question de faire des parallèles avec les environnements de travail des ouvriers de la construction ou des employées de commerce de la grande distribution. Pour autant, les managers ont vécu ces dernières années une nette dégradation. Les changements de stratégie des entreprises, qui évoluent de plus en plus vite au gré des incertitudes économiques et politiques, créent un climat d'instabilité qui se répercute directement sur la gestion quotidienne des activités managériales. Cette volatilité stratégique impose aux managers de s'adapter constamment aux nouvelles orientations, de rassurer leurs collaborateurs et leurs collaboratrices face à l'incertitude, mais aussi de maintenir la performance opérationnelle malgré des conditions changeantes qui échappent largement à leur contrôle. Un environnement où la résolution de conflits au sein de leur équipe ou entre équipes est devenue une compétence quasi-indispensable.
Pour relever ces défis au quotidien, les managers doivent souvent composer avec des horaires à rallonge ce qui se traduit dans les faits par une surcharge chronique de travail dont une forte proportion est effectuée en dehors des horaires habituels : le soir, le week-end, voire pendant leurs congés. De plus, si sur le papier les managers peuvent prendre des jours de télétravail – le télétravail est perçu comme une avancée notable en matière d’équilibre de vie, dans la réalité, ils ne peuvent pas toujours utiliser les jours auxquels ils ont le droit.
Une fonction managériale qui s'est complexifiée
L’hésitation croissante à devenir manager s’explique également, sans doute, par la complexification récente de la fonction. Les exigences traditionnelles, comme l’atteinte des objectifs, n’ont pas disparu, tandis que de nouvelles attentes voire des injonctions, ont pris de l’ampleur : promouvoir le bien-être des équipes, personnaliser le management, garantir la cohésion, mieux soutenir le développement des collaborateurs et des collaboratrices, accompagner le changement, etc. Si on y ajoute la généralisation du télétravail - 65 % des cadres télétravaillent régulièrement ou ponctuellement – le distanciel rend, sans conteste, ces missions managériales plus difficiles. Au global, celles et ceux qui aspirent à venir grossir les rangs des managers voient aussi le quotidien de leur propre manager. Ils savent que leur santé mentale peut-être durablement affectée (près de 6 managers sur 10 disent parfois ressentir un sentiment de stress intense dans leur travail).
Sans compter que la fonction à mauvaise presse. Le management à la française serait trop vertical et trop hiérarchique par rapport à nos voisins européens, et la reconnaissance au travail y est plus faible et la formation des managers plus académique selon un rapport de l'Igas "Pratiques managériales dans les entreprises" qui a fait grand bruit l'année dernière. En résumé, les managers français seraient peu "outillés" pour le monde du travail du 21e siècle.
Y aura-t-il encore des managers demain ?
Le prix à payer de cette évolution professionnelle semble être de plus en important et de moins en moins de cadres semblent prêts à y consentir. Pourtant, les entreprises - même si quelques-unes fonctionnent avec des lignes hiérarchiques très réduites - ont besoin de managers capables de concilier performance de la structure et bien-être au travail des équipes.
Alors parce que devenir manager reste un moment-clé dans la carrière d’un cadre et que cela répond à un besoin vital de compétences pour les entreprises, l'Apec propose le service « Concrétiser son changement de poste ». Il permet notamment aux futurs managers de faire le point sur leur parcours professionnel et leurs aspirations. Un consultant ou une consultante Apec les accompagne pour comprendre leurs véritables atouts, identifier les compétences managériales à développer et les guider dans cette transition professionnelle vers une fonction managériale.
L’Apec conseille aussi les entreprises pour qu’elles apportent une attention et un soutien particulier à ces nouveaux managers de proximité, de leur recrutement à leur parcours d’intégration. Il serait dommage qu'après une première expérience décevante et épuisante, ils renoncent face aux difficultés à surmonter. En effet, leur rôle est primordial dans les entreprises, en particulier dans les TPE-PME, où ils permettent aux dirigeant.es de se concentrer sur les enjeux stratégiques.
5 chiffres clés sur les managers
- 33 % des femmes cadres sont managers
- 46 % des hommes cadres sont managers
- 1 /3 des cadres non-managers aspire à le devenir
- 24 % des cadres se disent rebutés par la charge de travail des managers
- 6 des 30 métiers cadres porteurs sont des postes de managers
Article écrit par Emmanuelle Papiernik
Source : Apec, Cadres et management, janvier 2026
Questions fréquentes
- Pourquoi de moins en moins de cadres veulent-ils devenir managers ?
Plusieurs facteurs expliquent cette tendance : la charge mentale considérable liée aux responsabilités managériales, le stress croissant de la fonction et l'image dégradée du statut. Les cadres observent leurs managers actuels en situation d'épuisement professionnel et préfèrent développer leur expertise métier plutôt que d'encadrer des équipes. Cette désaffection touche particulièrement les jeunes générations qui privilégient l'équilibre vie professionnelle- vie personnelle.
- Quelles sont les principales difficultés rencontrées par les managers aujourd'hui ?
Les managers font face à des injonctions paradoxales entre les attentes de leur direction et celles de leurs équipes. La gestion des conflits, la motivation des collaborateurs et des collaboratrices et l'accompagnement de leur évolution professionnelle représentent des défis quotidiens.
- Quelles sont les qualités essentielles d'un manager ?
Un bon manager doit maîtriser plusieurs soft skills fondamentales : l'écoute active pour comprendre les besoins de son équipe, la communication claire pour transmettre sa vision, l'intelligence émotionnelle pour créer un climat de confiance et l'adaptabilité face aux changements. La capacité à déléguer efficacement, à prendre des décisions et à accompagner le développement professionnel des membres de son équipe complète ce profil.
- Comment les entreprises peuvent-elles rendre le management plus attractif ?
Les entreprises doivent investir dans l'accompagnement managérial en proposant du coaching personnalisé et un mentorat régulier. Valoriser financièrement ces postes à responsabilité, créer des parcours d'évolution clairs et réduire la charge mentale par un soutien hiérarchique constant constituent des leviers essentiels. L'échange d'expérience entre managers et la reconnaissance publique de leurs réussites renforcent également l'attractivité de ces fonctions stratégiques.