« Le doctorat est le pont entre la recherche et l’économie : il transforme la connaissance en valeur » Sylvie Retailleau
Ambassadrice du doctorat en Île-de-France, Sylvie Retailleau est présidente d'Universcience. Elle nous explique pourquoi le doctorat est un atout essentiel pour l’innovation en France. Elle insiste sur la diversité des compétences acquises en thèse et appelle à mieux faire connaître la valeur des docteurs, aussi bien dans les entreprises que dans la société.
Vous avez souvent défendu le doctorat comme un atout pour la France. Selon vous, en quoi le doctorat constitue-t-il aujourd’hui un levier stratégique pour l’innovation, la compétitivité et les grandes transitions économiques et sociétales ?
Pour aller vers de l’innovation de rupture — pas simplement de l’innovation incrémentale — il faut renforcer l’intensité scientifique de nos entreprises, car celle-ci suppose :
- de comprendre profondément les phénomènes ;
- de maîtriser les technologies à la frontière ;
- d’explorer des voies risquées.
C’est exactement ce que vous apprenez en thèse. Le doctorat est le pont entre la recherche et l’économie : la recherche produit des connaissances et ces connaissances deviennent des actifs (brevets, technologies, modèles, expertises) au service de la compétitivité de la France. La recherche n’est pas étrangère à l’économie. Elle est une source majeure de création de valeur.
Quel rôle peuvent jouer les docteurs en tant qu’“ambassadeurs” du doctorat auprès des entreprises et de la société, et comment mieux faire évoluer les représentations encore parfois limitées de leurs compétences ?
Être ambassadrice du doctorat, c’est participer à une dynamique collective pour faire évoluer les représentations autour du doctorat, trop souvent perçu comme une voie exclusivement académique, alors qu’il forme des profils capables de relever les défis de l’innovation, du développement durable et de la transformation numérique. C’est aussi montrer par l’exemple que le doctorat est un tremplin en témoignant de la diversité des trajectoires qu’ouvre le doctorat. Le doctorat est une ressource précieuse pour les territoires : il produit des expertises de haut niveau, ancrées localement mais ouvertes à l’international, et il participe à la montée en compétences de l’ensemble du tissu économique. Le doctorat est une école de la rigueur, de la créativité, de la résilience et de l’indépendance, des qualités précieuses pour tous les secteurs d’activité.
Mon message est donc double : il s’adresse d’une part aux jeunes, pour les encourager à oser entreprendre une thèse, à croire en la richesse de ce parcours ; et d’autre part aux entreprises et à la haute fonction publique, pour qu’elles reconnaissent pleinement la valeur ajoutée des docteurs, prennent conscience de la complémentarité précieuse entre les profils d’ingénieurs et de docteurs, et intègrent cette diversité au service de l’innovation et d’une ouverture scientifique plus ambitieuse et durable.
Malgré des avancées, le lien entre doctorat et entreprises reste perfectible. Quelles actions concrètes vous semblent prioritaires pour renforcer l’intégration des docteurs dans tous les secteurs d’activité ?
Pour progresser, il faut agir sur plusieurs leviers. Il faut renforcer les passerelles avec le monde socio-économique. Les thèses CIFRE, qui se font en partenariat avec les entreprises, en sont un très bon exemple et leur nombre continue d’augmenter. Ce parcours permet aux doctorants de ne pas découvrir l’entreprise après la thèse, mais pendant : comprendre ses codes, ses contraintes, ses temporalités, ses enjeux d’impact.
Il faut développer les parcours de formation R&D lors de la thèse au niveau des collèges doctoraux qui permettent d’acquérir une expérience de l’entreprise et donc une première culture de la R&D en entreprise. Ces parcours vous permettent d’anticiper, d’élargir les horizons professionnels des doctorants, d’ouvrir des possibles et surtout de ne pas s’auto-censurer. Je suis actuellement marraine du parcours R&D à l’université Paris-Saclay construit par Bernard Monnier et je peux témoigner de cet intérêt et de l’impact de ces parcours pour les doctorants.
Et puis il y a aussi un travail culturel à mener : je pense aussi qu’il faut mieux expliquer ce qu’est vraiment un doctorat et le valoriser. C’est ce que fait Cap docteur qui valorise les compétences des docteur.es dans le monde professionnel et la poursuite de carrières. Le doctorat n’est pas uniquement une formation pour devenir chercheur et peut mener vers des carrières très diverses dans l’industrie, les administrations ou l’entrepreneuriat.
Avec des initiatives comme Cap Docteurs, on cherche à accompagner les parcours et valoriser les compétences. Selon vous, quelles sont aujourd’hui les compétences clés issues du doctorat que les docteurs doivent apprendre à mieux identifier et valoriser ?
Le doctorat est une formation par la recherche. Pendant une thèse, vous apprenez à :
- poser les bonnes questions,
- analyser des données complexes,
- gérer l’incertitude,
- tester des hypothèses,
- accepter le doute,
- et malgré tout… décider.
Vous développez une profondeur de compréhension rare. Une capacité d’analyse poussée. Ces compétences contribuent à l’innovation et à la compétitivité du pays et encourager les entreprises comme les administrations à recruter davantage de docteurs.
Vous êtes actuellement en doctorat ou docteur en réflexion sur votre carrière ? Notre service Comment valoriser votre doctorat ? est pour vous. Il est conçu pour faire ressortir la valeur de votre doctorat et propulser votre carrière.
Et pour vous préparer :
Vous pouvez lire l’étude Apec "Opportunités d’emploi cadre pour les docteurs dans les entreprises du secteur privé"
A propos de Sylvie Retailleau :
Ambassadrice du doctorat en Île-de-France, Sylvie Retailleau est aujourd'hui présidente d'Universcience (Établissement public qui regroupe le Palais de la découverte et la Cité des sciences et de l’industrie). Elle a assumé les fonctions de ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche. Elle est professeure de physique à l’Université Paris-Saclay, spécialiste de nanoélectronique et de physique des semi-conducteurs. Elle allie un parcours académique de haut niveau en recherche et enseignement, tout en assumant des responsabilités dirigeantes au service de l’enseignement supérieur et de la recherche.
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