Recruter des compétences cadres, ne faites plus l’impasse sur les soft skills
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Laurence Doumba

Recruter des compétences cadres, ne faites plus l’impasse sur les soft skills

Publié le 25/10/2019 par Laurence Doumba
Les difficultés de recrutement s’accentuent sur le marché de l’emploi cadre. Les besoins des entreprises en compétences à forte valeur ajoutée sont importants. Des grands groupes aux start-up, l’expertise technique dite « hard skill » devient le graal. Pour autant, les recruteurs ne peuvent plus faire l’impasse sur les compétences générales et transversales, ces fameux « soft skills » ?

Un cas d’école

Belle start up à très forte valeur ajoutée - une dizaine de salariés et en pleine croissance -  rencontre de sérieuses difficultés de gestion des compétences. Deux des ingénieurs, axés sur les métiers stratégiques de l’entreprise, posent problème. Ils ne savent ni communiquer, ni travailler ensemble. En phase d’industrialisation, cette situation s’avère périlleuse pour l’entreprise et bloque le projet. Que s‘est-il passé ? En discutant avec le dirigeant et en le questionnant, je me suis rendue compte qu'il s’était essentiellement centré sur les compétences techniques des ingénieurs lors de leur recrutement. Pris par la qualité de son produit et l'enjeu de son accessibilité au marché, il s’est peu intéressé aux capacités relationnelles, émotionnelles et la personnalité des deux candidats.

Pourquoi éviter de tout miser sur les compétences techniques

Parce qu’elles ne durent que 2ans ½ contre 20 ans dans les années ‘70. D’après Michel Barabel*, au siècle précédent, les compétences techniques acquises s’accumulaient au fur et à mesure et pouvaient s’apparenter à un « stock ». L’expérience aidant, ces compétences prenaient de la valeur au fil des ans pour devenir pour certains de l’expertise. Aujourd’hui, les compétences techniques/métiers sont plutôt représentées par un flux. Non seulement la masse de données à intégrer est considérable mais elle augmente de façon exponentielle. Compte tenu de l’évolution permanente des savoirs, il sera difficile pour un expert de maîtriser l’intégralité de son domaine d’activité. En revanche, ce qui fera sa différence, c’est sa capacité d’apprenance.

Pourquoi privilégier les soft skills

Parce que ces compétences « douces », autrement dit des compétences transversales, émotionnelles, relationnelles, comportementales deviennent indispensables pour appréhender les enjeux des métiers et des entreprises. Le WEF - Forum Economique Mondial -  a identifié les 10 compétences clés indispensables pour répondre aux besoins de demain. Certains traits de personnalité comme la curiosité d’esprit, l’adaptabilité, le sens de l’initiative deviennent des atouts cruciaux pour les entreprises. Non seulement, nous devrons apprendre en permanence mais aussi être capable de « désapprendre ». C’est cette flexibilité cognitive, cette agilité que vous devez identifier chez les candidats et les candidates que vous rencontrez. De même, la capacité de curation digitale, la créativité mais aussi le leadership sont autant de soft skills requis pour performer dans son poste.

Ma conviction est de privilégier les softs skills aux hard skills, parce que vous travaillerez avec des personnes adaptables, curieuses, ouvertes et avec une grande envie d’apprendre. Vous pourrez les « embarquez » dans votre développement et les former pour leur permettre d’atteindre le niveau technique requis. Lorsqu’on sait que les programmes de formation des entreprises font partie des critères plébiscités par les millenials…

Mes conseils pour identifier les soft skills
En amont de votre recrutement, pensez à (re)valider votre besoin. Quelle est la finalité du poste ? Quelles en sont les principales missions ? Quelles sont les compétences métiers et transversales nécessaires pour y parvenir ? Contextualisez-les. Vous devez savoir pourquoi ces soft skills sont nécessaires et comment elles se matérialisent dans le poste. Cette étape vous aidera à les identifier lors de l’entretien de recrutement.
Approfondissez votre entretien de recrutement en questionnant davantage les soft skills. Au-delà des compétences techniques incontournables, je vous invite à creuser et à détecter ces fameuses compétences relationnelles, émotionnelles, cognitives et les traits de personnalité nécessaires au poste.

Mais pensez à les repérer aussi, lors des entretiens annuels et/ou professionnels, de vos collaborateurs et collaboratrices. En effet, privilégier le recrutement interne devient une alternative pertinente en raison des difficultés de recrutement que vous rencontrez. Il vous sera toujours plus facile de faire acquérir des compétences techniques par la suite.
En misant sur les soft skills, vous vous donnez toutes les chances d’intégrer les meilleurs talents dont votre entreprise a besoin.

* Maître de conférence à l'université Paris Est, il co-dirige le Master 2 "GRH dans les multinationales". Il est également chercheur à l’Institut de Recherche en Gestion et professeur affilié à Sciences Po Executive Education.

À propos de l’auteure
Laurence Doumba est consultante relations entreprises au centre Apec de Lyon. Elle accompagne les entreprises de la région lyonnaise dans leurs recrutements et la gestion des compétences. Entrée à l’Apec en 2008, elle est diplômée d’un master 2 de l’université de Paris-Panthéon Sorbonne en « RH, formation et développement des compétences ».

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